un éco-festival

Le développement durable au coeur des enjeux du festival de Chaillol

Dans la vie, il y a deux catégories d’individus : ceux qui regardent le monde tel qu’il est et se demandent pourquoi. Ceux qui imaginent le monde tel qu’il devrait être et se disent : pourquoi pas ? George-Bernard SHAW.

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Le concept de développement durable est de plus en plus répandu, il n’est plus un projet qui ne parle de développement durable, et pourtant le sens exact, les contours précis de cette notion sont relativement méconnus du grand public. La définition la plus couramment donnée est que « le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs » (Rapport Brundtland, 1987). Pour être considérée comme durable, la démarche doit tenir compte de la gestion raisonnée de l’environnement et des ressources naturelles, mais aussi du développement économique et de l’équité sociale à travers la réduction des inégalités et le respect des cultures.

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Bien loin de vouloir surfer sur cette nouvelle vague, l'Espace culturel de Chaillol, depuis son origine, a cherché à être dans une certaine sobriété de moyens et dans un rapport juste au territoire. Le projet du festival respecte et compose avec celui-ci - notamment par le choix de l'itinérance - en fait un partenaire à part entière, un élément d’écriture de son projet, en valorisant son patrimoine, en mettant à contribution des activités économiques locales et en contribuant à un maillage du territoire permettant au plus grand nombre d’avoir accès à une offre culturelle de qualité.

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Cette démarche, reconnue, nous a conduit à nous associer à d'autres festivals pour monter un collectif de festivals éco-responsables, COFEES. Le collectif regroupe des festivals engagés dans des démarches éco-responsables et solidaires qui se réunissent autour de valeurs et ambitions communes afin d’aller plus loin dans le déploiement de leurs actions.

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Dans une véritable démarche de démocratisation culturelle soucieuse de son environnement et développée en lien étroit avec les acteurs et ressources locales, le festival de Chaillol arpente depuis plus de vingt ans les vallées rurales des Hautes-Alpes et dépose concerts et moments de rencontres au coeur des villages, dans les plis et replis des vallées du pays gapençais. Ce principe de l’itinérance permet aux villages les plus reculés d’accueillir un concert, d’autant qu’il est associé à une logique de mutualisation des moyens entre les fonds levés par le festival et ceux, parfois modestes, des petites communes rurales des Hautes-Alpes qui, seules, n’ont pas toujours la connaissance et la capacité financière suffisante pour produire une offre culturelle de cette qualité.

Le festival souhaite valoriser le patrimoine existant en proposant les concerts dans les églises, chapelles et châteaux du département, avec un choix assumé de ne sonoriser que rarement les concerts (et avec un éclairage très sobre), pour être dans un rapport direct et intime au son, en profitant uniquement des acoustiques, souvent exceptionnelles, de ces lieux.

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Les liens tissés avec les acteurs locaux peuvent prendre plusieurs formes, avec notamment des projets de concerts montés chaque année avec les collectivités territoriales, les associations et les entreprises locales. Pour ces dernières, la mise en place d’un micro-mécénat semble adaptée dans la mesure où la plupart des entreprises des Hautes-Alpes sont des PME, sans moyens financiers considérables mais avec une volonté de soutenir les initiatives locales participant à la dynamique de leur territoire. La restauration pour les artistes et l’équipe a été confiée à un restaurateur champsaurin travaillant des produits locaux et, si possible, issus de l’agriculture biologique ; de même, les produits proposés à la buvette (jus de fruits, bière, vin, boissons maison…) sont uniquement locaux et de préférence issus de l’agriculture biologique.

De manière très pragmatique pour la restauration, l’Espace culturel de Chaillol n’utilise que de la vaisselle réutilisable et des gobelets en plastique dur, cherche à réduire et trie ses déchets avec, par exemple, des poubelles aux doubles compartiments empruntés à la communauté de communes du Champsaur-Valgaudemar.
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Le papier utilisé pour la communication des concerts provient de forêts gérées durablement et le nombre de documents imprimés est calculé au plus juste pour éviter le gaspillage. De plus, la communication par internet est privilégiée ainsi que les encarts ou les articles dans les journaux.

Pour limiter aussi les déplacements, les spectateurs peuvent acheter leurs billets depuis leurs domiciles par internet, et les artistes sont fortement incités à venir en train ou à pratiquer le covoiturage. En effet, les transports en commun sont assez rares sur ce territoire de montagne aux habitats dispersés et à la géographie contraignante pour les déplacements : le festival de Chaillol a su s’adapter à ces particularités et il a recherché des solutions alternatives pour répondre aux spécificités du territoire. Une des premières réponses a été l’itinérance, qui amène les concerts au plus près des habitants, dans des villages reculés et parfois peu accessibles où l’offre culturelle est très maigre. Comme l’utilisation de la voiture reste assez incontournable dans ces vallées peu desservies, l’Espace culturel de Chaillol a encouragé le covoiturage sur son site internet.

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Le fait de faciliter des rencontres est également un des piliers du projet, faisant se croiser des musiques et des personnes d’horizons différents, provoquant un mélange entre urbains et ruraux, entre générations, entre musiques d’hier et d’aujourd’hui, d’ici et d’ailleurs. En proposant des concerts avec de petites jauges, le festival facilite la rencontre authentique entre musiciens et spectateurs, rencontre rendue parfois difficile dans des lieux de grande taille. Les balades musicales permettent de mêler lecture de paysage et moments musicaux, de créer une symbiose entre la musique et la nature, de renouer le dialogue entre territoire et répertoire. La dimension humaine du festival de Chaillol et sa volonté permanente de création de liens et de sens entre tous les éléments d’un environnement constituent les chemins de traverse les plus sûrs vers un développement durable harmonieux.